Le combat contre l’extrême droite est plus important que toute autre fidélité

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Entretien avec Patrice Leclerc

Patrice Leclerc est maire de Gennevilliers et un des responsables d’Alternative communiste

 

ContreTemps : Le Parti communiste a décidé majoritairement la candidature de Fabien Roussel à la présidentielle. Quel jugement portent les oppositionnels sur cette décision qui est loin d’être anodine ? 

Patrice Leclerc : On oscille entre tristesse et colère à propos de ce choix. 

On peut malgré tout y voir un affaiblissement de  la ligne Roussel puisque le vote sur le choix d’un candidat communiste est moindre que celui sur le texte du congrès. C’est aussi un affaiblissement du PC puisque depuis le congrès de 2018 il perd un quart de ses effectifs, des électeurs, des villes. Quant à la promesse de se réimplanter dans les entreprises le résultat est nul. 

Aucun bilan n’est tiré d’une stratégie qui ne permet pas au PCF d’être reconnu comme utile par et pour les salariés et les couches populaires. 

Et puis, c’est surtout une colère à l’égard d’un parti qui ne sait pas regarder la réalité en face : à la fois le risque d’extrême droite et l’absence de ses liens avec ce qui bouge dans la société. Même si les mouvements transformateurs sont limités, ils existent. Et le Parti communiste n’est pas dans le champ de vision de celles et ceux qui en sont partie prenante. Je pense aux mouvements sur le climat, à celles et ceux qui se battent pour des propositions alternatives au capitalisme et contre toutes les dominations, ou qui sont simplement en recherche d’alternatives. Le Parti communiste n’est pas présent avec ces mouvements. Les communistes ne s’aperçoivent pas de ces coupures ou alors en accusent les autres plutôt que de chercher ce qui ne va pas dans leur politique

Bref, le Parti communiste n’a pas besoin d’une loi sur la fin de vie pour organiser sa propre fin. Malheureusement ! C’est une tristesse, parce que je suis persuadé que la société française et le monde ont besoin de communistes qui, dans les conditions de notre temps, travaillent à dépasser le capitalisme pour une société sans domination de la nature et des êtres humains. 

CT : Certaines déclarations de Fabien Roussel semblent indiquer une relativisation de la menace que représente l’extrême droite.

P. L. : On peut même parler d’un déni. Et même de plusieurs dénis. Déni du risque électoral. Déni idéologique, puisque le combat contre l’extrême droite tel que Roussel le pense est d’aller voir des électeurs d’extrême droite pour essayer de les ramener au vote communiste. Ce n’est pas comprendre que le vote d’extrême droite s’enracine dans un racisme et une haine de l’autre, une acceptation d’une société de concurrence 

Il vaudrait mieux aller chercher l’électorat populaire de gauche qui s’abstient, ce que Mélenchon a su faire lors de quelques élections. Il faudrait travailler à des expressions et actions vraiment de gauche, contre toutes les dominations, qui permettent de faire réfléchir le peuple de gauche, y compris dans ses composantes social-libérales et social-démocrates, pour essayer de les amener à des contenus anticapitalistes. C’est cela la mission des communistes, plutôt que de croire qu’on va ramener des électeurs RN sur des positions émancipatrices. Ignorer le cheminement de pensée des gens, c’est ne pas les respecter, et surtout être inefficace. Cela amène à l’impasse politique des « fâchés pas fachos », qui au demeurant n’a pas marché dans son territoire lors des législatives. De surcroît,  il ne faut pas confondre élections locales et élections nationales. Au niveau municipal les gens ne raisonnent pas de la même manière que pour des élections nationales, pour lesquelles les thèmes idéologiques sont beaucoup plus importants. Pour l’instant, deux étiquettes politiques fonctionnent, celle de LFI et celle du RN. 

Le reste n’existe pas vraiment dans l’esprit des citoyennes et des citoyens. Et c’est regrettable que les communistes n’aient pas su créer les conditions de la perception de leur utilité pour les gens.

La deuxième impasse est idéologique. La réflexion communiste qui permettrait de penser le changement n’est pas menée. Le congrès marque le retour à la notion d’étape socialiste et s’éloigne de la visée communiste, du communisme comme mouvement réel « qui abolit l’état actuel ». C’est la négation des travaux théoriques communistes de ces dernières décennies. Le congrès fait un retour à l’étatisme, qui conduit à négliger la prise de pouvoir « par le bas »,  le développement d’organisations autogérées pour une prise de pouvoir des salariés et habitants dans les entreprises, sur tout ce qui constitue leur lieu de vie. Aucune leçon n’est tirée de toutes les expériences qui montrent que l’État finit par manger les révolutionnaires. Cela s’est vérifié dans les pays de l’Est et en France avec l’expérience social-démocrate. Les révolutionnaires doivent contribuer à la prise de conscience (l’hégémonie gramscienne), la prise de pouvoir par le bas, plutôt que de considérer que le changement ne peut se faire que par le haut. On assiste à un recul idéologique important du Parti communiste français, voire un refus de penser le monde et la révolution. Pour ma part, je considère que le communalisme pourrait être un des aspects à développer en théorie et en pratique pour agir contre toutes les dominations, aussi bien sur l’homme que sur le vivant en général.

CT : Dans le débat pour ce congrès Alternative communiste et les oppositionnels sont-ils parvenus à se faire entendre ?

P. L. : Il faut bien préciser les choses. Alternative communiste n’intervient pas en tant qu’opposition au sein du PCF, pour la raison qu’Alternative communiste regroupe des membres du PCF et des communistes qui n’en sont pas membres. Dans nos réunions de coordination et nos assemblées générales nous avons fait le choix majoritaire de ne pas intervenir en tant que tels dans le congrès du PCF. Alternative communiste n’est pas une tendance du PCF. Au demeurant certains membres qui, soit se sont éloignés du PCF, soit n’en ont jamais été membres, pensent que ce parti n’a plus d’intérêt à cause de ses dérives politiques. Donc là n’est pas la préoccupation d’Alternative communiste. 

En revanche, d’autres camarades, c’est mon cas, sont membres du PCF, et à ce titre ont travaillé dans le cadre du texte alternatif à la direction nationale, « communistes à l’offensive », avec les militants qui avaient défendu le « Manifeste » lors de l’avant-dernier congrès. 

A-t-on réussi à se faire entendre ? On pourrait dire oui, parce qu’on a progressé en pourcentage et en voix. Mais ce progrès est ridicule, puisqu’il est d’environ sept points et 800 voix. 

En revanche si nous ne progressons pas significativement, Roussel, lui, est affaibli. Il y a un grand désarroi dans le Parti. Les communistes voient que dans toutes les fédérations plus de la moitié des communistes ont plus de 65 ans. Lorsque la direction dit travailler pour les 15 à 20 prochaines années, on se dit que dans les 15 à 20 prochaines années on sera peu nombreux à pouvoir monter les escaliers pour faire du porte-à-porte, et encore moins à être dans les entreprises. Il y a une conscience diffuse que ça ne va pas, même si l’ alternative n’est pas perçue. Il y a aussi des communistes, parmi ceux qui ont voté pour le texte majoritaire, ou pour la candidature communiste, qui partagent la même crainte de l’extrême droite. 

Mais à la question de savoir si on s’est fait entendre, la réponse est non. Est-ce qu’il y a l’espoir de l’être demain ? Personnellement je ne le pense pas, au demeurant je ne le pensais pas lors de la préparation du congrès. Les membres du PCF se replient sur  eux-mêmes. Ce n’est plus le parti auquel j’ai adhéré, lequel valorisait la pensée, le débat contradictoire, la recherche, la contradiction avec les intellectuels, développait des écoles de formation, cherchait le lien avec ce qui bougeait dans la société. En vrai ce n’était pas tout à fait cela, sinon nous n’aurions pas engagé cette spirale de l’affaiblissement politique, mais on pouvait encore y croire ! Aujourd’hui, on est loin de tout ça. Il y a un affaiblissement idéologique extrêmement important, et malheureusement personne n’effectue plus ce travail au sein du Parti. De son côté l’institut La Boétie mène un travail idéologique, mais ce n’est pas pour enrichir une pensée communiste. Avec des moyens extrêmement modestes,  c’est ce qu’essaie de faire Alternative communiste, en organisant des auditions d’intellectuels et des débats sur différents thèmes. 

Nous cultivons le plaisir de penser pour agir, de penser le monde tel qu’il est aujourd’hui pour contribuer à le changer.

CT : Malgré tout il faut noter que la préparation de ce congrès a été nourrie par un grand nombre de contributions écrites, qui témoignent d’une réelle envie de débattre de la part des communistes.

P. L. : C’est incontestable. Si je prends l’exemple de ma section, au dernier congrès elle avait voté majoritairement pour la direction sortante, cette fois elle a voté majoritairement pour la motion qu’avec d’autres je défendais. Le débat, dans de nombreuses sections, même entre différentes motions, a été fraternel et de qualité, loin des anathèmes qu’on voit circuler sur les réseaux sociaux. Il y avait sans doute de toute part l’attention à vouloir rester ensemble, à ne pas se déchirer davantage. Il y a aussi l’incertitude qui traverse tous les courants de pensée, qui fait que personne ne prétend pouvoir donner de leçons. Cela du moins à la base, même si ce n’est pas vrai partout. Dans certains endroits des « excommunications » ont eu lieu, par exemple à Nice des camarades ont été exclus. 

Si dans quelques sections ce fut un peu dur, globalement le débat c’est plutôt bien déroulé, avec une volonté de faire des amendements pour enrichir le débat national. Reste que ce travail ne s’est pas traduit dans le texte voté, qui va marquer de nouveaux reculs, et nous couper un peu plus de la société. Ce congrès, même avec les amendements qui n’ont pas changé le fond de la base commune, s’éloigne du communisme comme le mouvement réel qui change les choses. Nous sommes battus démocratiquement, et c’est peut-être ce qui est le plus inquiétant sur l’état du PCF.

CT : Fabien Roussel a évoqué l’idée qu’au cas où des membres du PCF en viendraient à soutenir une autre candidature que la sienne ils seraient exclus, ce qui selon lui compte tenu de leur attachement au Parti devrait les dissuader d’une telle décision.

P. L. : Personnellement j’ai déjà quitté le PC, pendant 10 ans, car je souhaitais déjà une candidature unitaire, et j’ai adhéré de nouveau lors du choix de créer le Front de Gauche. En boutade, je dirais qu’il me manque l’expérience de l’exclusion. 

Pour les membres d’Alternative communiste et pour ceux qui ont voté pour « communistes à l’offensive », c’est un peu tôt pour dire ce que l’on fera et jusqu’où on ira. En tout état de cause, chacun sera libre de faire ce qu’il veut. En tant que communiste, je me vois mal ne pas désobéir si la désobéissance aide à faire obstacle à l’extrême droite. Je considère que le combat contre l’extrême droite est plus important que toute autre fidélité. Des communistes n’ont pas attendu l’appel de la direction nationale pour entrer en résistance contre les nazis. C’est ma fidélité au combat communiste plus qu’à l’organisation qui passera en premier.

La question posée aux communistes aujourd’hui est de savoir ce qui est le plus efficace pour empêcher l’extrême droite de gagner. 

Cela me paraît être le combat le plus essentiel. Je pense à la population de ma ville qui sera durement attaquée par l’extrême droite. On n’imagine pas encore la violence qui se libérera dans la société si l’extrême droite est au pouvoir. Fabien Roussel dira ce qu’il veut et exclura qui il voudra, mais le combat antifasciste est le combat essentiel. 

Quant à la décision collective d’Alternative communiste, elle reste à discuter, on va regarder ce qui est le plus important et comment avancer pour développer une utilité communiste dans le contexte. Ces questions se poseront aussi aux élus communistes en particulier. Ils et elles auront à mesurer si leur parole et leurs actes les coupent ou pas des populations de leur ville. Comment elles vont nous juger si on n’apparaît pas comme étant celles et ceux qui permettent de se rassembler contre le fascisme. 

Nous mènerons ce débat aussi en dehors des rangs communistes. Le combat antifasciste nécessite de refuser l’idée des deux gauches irréconciliables, car la gauche ne gagnera pas contre les fascistes en se divisant, ni en étant toute seule. Il faut faire en sorte que les sociaux libéraux, les sociaux-démocrates, voire le centre droit se disent que s’il y a un candidat de gauche qui est au deuxième tour, il faudra voter pour lui face au danger d’extrême droite. C’est un travail que doivent mener les communistes. 

Alternative communiste jusqu’à l’automne travaillera à faire monter la conscience de cet enjeu que représente la menace de l’extrême droite. Ensuite on verra sur qui se rassembler. 

 Ce que je dis là, c’est mon opinion personnelle, en effet des camarades voudraient qu’on prenne position tout de suite ce qui permettrait de négocier un programme, les législatives, etc. Mais aussi de participer à la bataille politique électorale directement pour une candidature. Je comprends leur impatience, mais pour ma part je ne me situe pas d’abord dans un débat de négociations, sans pour autant négliger cette dimension. Mon expérience me pousse à ne rien attendre, car j’ai souvent fait campagne pour Mélenchon, et cela n’a jamais empêché de toujours mettre un candidat contre nous à Gennevilliers (sauf avec le NFP). Dans la situation actuelle, ce qui doit l’emporter c’est l’exigence politique du moment, pas les ressentiments.

La dernière assemblée générale d’Alternative communiste a montré qu’on n’est pas divisé sur l’aboutissement, mais sur le tempo. 

Reste que ce tempo a un contenu politique. Pour l’avenir, notre utilité de communistes contre l’extrême droite est de rester indépendants, tout en favorisant les convergences, l’unité.  Il ne s’agit pas pour nous « de rejoindre » une organisation existante. Dès que nous soutiendrons une candidature je suis moins sûr qu’on nous écoutera de la même façon. Rester indépendant est un enjeu, non pas par esprit de boutique, mais pour assurer cette mission de pont entre les forces concernées, celui de faire exister une utilité communiste tant contre l’extrême droite que pour agir pour une alternative politique au capitalisme.

CT : Peut-on dire que dans les conditions actuelles la candidature de Fabien Roussel relève pour la majorité des militants communistes d’une forme de pis-aller ?

P. L. : La candidature de Roussel correspond à un mythe, celui de l’explication du recul et de la chute du PCF comme résultant du fait que durant des années on ne s’est pas présenté à la présidentielle. Pourtant, l’expérience prouve ces dernières années que même en présentant une candidature communiste on ne remonte pas pour autant. 

Ce mythe évite l’analyse sur les raisons de la perte d’influence du PCF et ne permet pas aux communistes de penser leur rôle dans la société, sans prétendre à l’hégémonie, mais comme porteurs d’idées, porteurs de rassemblement sans se fondre dans un autre mouvement. On peut très bien soutenir une autre candidature, une candidature de rassemblement, sans disparaître. 

Le pari d’Alternative communiste sera de soutenir une candidature en continuant de développer des idées communistes. Et sans dire qu’on est d’accord avec tout le programme de la candidature qu’on pourrait soutenir. Nous continuerons à valoriser des propositions de transformation sociale, ce qui permettra à des personnes de faire l’expérience que des communistes sont utiles pour le rassemblement, utiles pour combattre le pire, pour penser le monde et le changer. 

La direction nationale du PCF croit que c’est la présentation d’un logo qui permettra de progresser, et non le dialogue et le rassemblement avec toutes celles et tous ceux qui veulent changer la société, et elle ne comprend pas que la dispute politique est un élément qui nous permettrait de progresser. Il n’y a pas d’analyse sur le fait que quand le Parti communiste a fait des adhésions, c’est au moment du Front de gauche, et au moment du NFP. Chaque fois qu’il y a repli, il n’y a plus d’adhésions.

De son côté, Alternative communiste développera ses ateliers pour réfléchir sur le communisme au XXIe siècle, tendre la main à toutes celles et tous ceux qui veulent changer la société, pour confronter des points de vue. Bref, nous inscrire dans ce qui bouge, et agir avec ce qui bouge. 

CT : Les difficultés rencontrées aujourd’hui ne renvoient-elles pas à la domination du présidentialisme ? 

P. L. : On peut utiliser le présidentialisme pour développer des idées politiques, à un moment où les gens s’intéressent à la politique. En même temps, ce n’est pas au moment de la présidentielle qu’on fait voter pour ce qui est plus radical. Ainsi, pour partir de mon expérience municipale, pendant tout mon mandat je me bats pour les sans-papiers, y compris aujourd’hui j’explique en quoi les effets de la canicule relèvent du politique, et combien est nécessaire l’action des communistes. 

Mais au moment des élections municipales, je n’appelle pas les électeurs et les électrices à voter pour le Parti communiste, ni pour que les sans-papiers obtiennent des papiers. J’essaye de rassembler le plus possible un maximum d’électrices et d’électeurs, je ne mets donc pas le doigt sur ce qui les divise.

 Les élections sont des moments de rassemblement. C’est entre les élections qu’il faut travailler idéologiquement. 

Lors des élections, on capitalise sur le socle que l’on a construit. S’enfermer dans la présidentielle, c’est une impasse. Il faudrait au minimum penser présidentielle et législatives dans un même temps. Je pense que les Verts ont eu tort de ne pas accepter la proposition de la France Insoumise d’être tête de liste aux européennes. Cela aurait pu créer à ce moment-là les conditions d’une unité allant au-delà des Verts, car les autres forces politiques auraient pu s’inscrire dans un mouvement, de type NFP, pouvant se structurer et grandir. 

Ce qu’il faudrait, sachant que c’est difficile, mais incontournable, c’est de construire des comités locaux, qui mènent campagne pour la présidentielle, et qui continuent ensuite pour les législatives et agissent au-delà des seules élections. Ces comités, peu importe le nom qu’on leur donne, sont à construire au plus près des gens disponibles pour promouvoir des alternatives politiques. Tant que nous ne nous engagerons pas dans la construction de mouvements unitaires en proximité, nous serons en échec. Ma conviction est qu’entre communistes, écologistes, anarchistes, insoumis, socialistes de gauche, d’autres encore, il faut qu’on puisse s’engueuler sur le terrain de ce que doivent être ces alternatives mais qu’on les construise ensemble. 

C’est ainsi qu’on construira une force politique nationale qui ne nous trahisse pas. C’est difficile parce que le libéralisme a gagné en imposant la dépolitisation, mais on ne s’en sortira pas sans un travail de repolitisation. Or, cette repolitisation doit se faire sur « le terrain », sans être basiste, parce qu’il y a besoin d’articulations nationales. C’est ainsi qu’on pourra éviter les pièges du présidentialisme et surmonter les difficultés auxquelles nous sommes confrontés.

CT : N’est-ce pas ce qu’on a déjà dit lors du Front de gauche, répété lors de la NUPES et à nouveau avec le Nouveau front populaire ?

P. L. : Il faut apprendre de ces échecs et en tirer les leçons. Assumer qu’il faudra créer une nouvelle force politique qui réunisse tout ce monde-là, regroupé dans des courants,  parmi lesquels une sensibilité communiste forte est à nos yeux indispensable, laquelle dialoguera et se disputera avec d’autres, mais tous engagés dans cette construction politique nouvelle d’une alternative politique anticapitaliste contre la domination des êtres humains et de la nature. Peut-être notre chantier après 2027 ?

CT : Certaines des idées que tu évoques ne sont guère en vogue dans les discours des principales organisations politiques, en revanche on les entend davantage venant du mouvement syndical, de certaines associations.

P. L. : De toute façon il faut faire avec le mouvement social. Un mouvement social qui lui aussi prend conscience qu’il peut faire de la politique sans être enfermé dans le domaine des partis. C’est intéressant. Quant aux groupuscules que nous représentons, Alternative communiste et beaucoup d’autres, je constate que nous disons souvent les mêmes choses, sans arriver à vraiment converger. Il faudra qu’on y arrive, pas pour que tel ou tel disparaisse, mais pour apporter un peu de clarté dans le monde politique. Et peut-être se dire que notre rôle est de repolitiser les gens, sans se laisser piéger par les mouvements nationaux qui nous enferment dans des stratégies électoralistes, avec l’objectif de créer des dynamiques populaires dans nos villes et villages s’avérant incontournables. Le NFP a dessiné cette double articulation, entre des organisations nationales qui passaient un accord et des mobilisations et rassemblements unitaires à la base.  Il faut préserver la flamme et faire preuve de ténacité, car c’est cela qui paiera dans la durée. Je sais que c’est plus facile à dire qu’à faire, mais on n’a pas d’autre choix.

CT : Suite à la présidentielle et aux législatives de 2027, on peut prévoir une grande transformation du politique, dont on ne peut dire ce qu’elle sera. Ce sera peut-être le moment d’avancer vers une nouvelle force politique ? 

P. L. : Je ne sais pas si ce sera le moment, mais c’est indispensable de l’envisager. C’est donc chaque jour le moment, dès maintenant il faut y réfléchir et y travailler. Je trouve intéressant les contacts pris avec le NPA, avec PEPS, avec L’Après, avec LFI, avec d’autres communistes, parce que cela permet de mieux se connaître, de mieux vérifier nos points de divergences et nos points de convergences. Cela prépare, sans jeu de mots, l’après, en faisant grandir au jour le jour, chez des militants dans un premier temps, et aussi chez des gens qui nous regardent, l’idée que la construction d’une nouvelle force est possible. Et qu’elle sera indispensable quelle que soit la situation. 

Si c’est l’extrême droite, le rassemblement contre l’extrême droite sera important pour résister, pour se défendre et construire une alternative politique. 

Si c’est la gauche qui l’emporte, même quelqu’un de gauche radicale, elle sera importante parce qu’il ne faudra pas laisser l’étatisme dominer et la trahison s’installer. 

Si la droite gagne ou la gauche sociale libérale, il faudra continuer le travail avec des comités locaux, sinon nous risquons de nous retrouver avec une droite autoritaire qui continuera de faire le lit de l’extrême droite. La lutte idéologique et concrète n’en sera que plus âpre, car l’extrême droite même battue électoralement ne sera pas forcément battue politiquement.  C’est maintenant que se préparent ces rendez-vous.

Un appel sera sans doute nécessaire pour dire que les partis existants n’ont pas à disparaître, qu’ils doivent continuer à exister, mais avec un mouvement national de type NFP qui se recrée et qui se développe en donnant davantage de place aux citoyens qui ne sont pas dans des mouvements politiques, qui donne sa place au mouvement social et civique dans sa diversité. Un mouvement qui joue le jeu d’une démocratie directe à réinventer. 

 CT : N’est-il pas paradoxal que malgré les convergences entre ces différentes petites forces, voire en leur sein, régulièrement des problèmes viennent brouiller les connaissances mutuelles et perturber les avancées communes possibles ?

P. L. : Je crois qu’on commence à bien se connaître. D’abord on s’est croisés dans différents mouvements, déjà dans le cadre d’Alternative citoyenne, les collectifs unitaires, l’appel Ramuleau, l’appel de Politis, et plus récemment le NFP, nous avons pu voir qu’on était tous relativement convergents. Qu’il est possible d’avancer ensemble sur ce qui nous rassemble tout en continuant à débattre sur ce qui nous sépare. 

Souvent nous divergeons à des moments donnés sur des tactiques, lorsque viennent nous perturber la question électorale ainsi que les dynamiques d’organisations nationales ou de personnalités nationales. Ce sont, je dirai, des faits inévitables. Mais on arrivera à trouver un chemin, en s’invitant les uns les autres, en rassurant chacun sur le fait qu’il n’est pas souhaitable que des courants de pensée disparaissent à gauche. Si l’on accepte de se disputer tout en convergeant, quelque chose pourra se monter. 

CT : Comment comptez-vous intervenir à l’automne pour faire connaître et partager vos préoccupations ?

P. L. : On prendra des initiatives de débats qui correspondent à ce que fait ContreTemps. L’idée serait d’organiser plusieurs débats, entre les forces politiques, pour montrer qu’on veut avancer, par exemple sur le combat face au fascisme. Et peut-être des expressions en direction des communistes sur ce que l’on pense être juste, même si cela conduit à ne pas se faire que des amis. Des débats seront organisés pendant la fête de l’Humanité.

Et au-delà nous allons continuer à avoir des débats pour nourrir la pensée, comme le 20 septembre une visio avec Etienne Balibar, pour poursuivre ce travail sur l’idéologique, sur une pensée communiste, une pensée de transformation sociale. Nous allons également essayer de participer au maximum d’universités d’été, même si elles se tiennent toutes un peu en même temps, nous sommes encore assez nombreux pour répondre aux invitations qui nous sont faites. 

La fête de l’Humanité va être un grand moment de bouillonnement politique. J’imagine que Roussel voudra en faire un tremplin pour sa propre candidature. Presque tous les candidats de gauche seront présents. 

De ce point de vue, la Fête joue son rôle qui est de travailler à ce que l’espace communiste permette à toutes les forces de gauche de débattre. 

 

Le 13 juillet 2026

Propos recueillis par Francis Sitel

 

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