Monarchie espagnole – Un entretien avec David Fernàndez

° Entretien avec David Fernàndez

Propos recueillis par Roger Palà

 

David Fernàndez est un des coauteurs de l’ouvrage Catalogne an 01 : la République libre (éditions Syllepse, Paris, octobre 2019).

Au tournant du siècle, David Fernàndez avait débuté comme journaliste. Il a été député au Parlement catalan sur les bancs de la CUP (Candidature d’unité populaire) entre 2012 et 2015 et très engagé dans diverses associations, dont l’ANC (Assemblée nationale catalane).

Ses premiers reportages ont été publiés par les revues basques Ardi Beltza et Kale Gorria, dont il fut le correspondant en Catalogne. Nées sous l’impulsion de Pepe Rei, ces deux publications comptent parmi les victimes de la persécution judiciaire des années du « Todo es ETA » (1). Ardi Beltza (« Le Mouton noir ») publia en 2000 un livre-enquête qui allait, par la suite, devenir une référence : Un rey golpe a golpe (« Un roi, coup après coup »), aux éditions KaleGorria. Il s’agissait de la première biographie, non autorisée, du roi Juan Carlos Ier. 80 000 exemplaires furent vendus grâce au seul bouche-à-oreille. Écrire sur la monarchie, en ces temps-là, était une activité à haut risque.

L’entretien avec David Fernàndez a eu lieu à Ponts, en Catalogne, dans le cadre des rencontres « Décadence bourbonienne et républiques futures ». Nous y abordions le présent et l’avenir de la monarchie espagnole, la possibilité de l’avènement d’une République ainsi que le rôle que l’indépendantisme catalan pourrait y jouer.

 

Un rey golpe a golpe décrivait déjà une bonne partie de ce qui est en train d’émerger de nos jours, à propos de la corruption monarchique. Ce livre fut passé sous silence ou franchement censuré. Ne voyons-nous toujours que la partie émergée de l’iceberg ?

David Fernàndez : Quarante ans durant, tout ce qui avait trait à la monarchie a bénéficié d’une occultation de manière tellement systématique qu’en effet nous ne pouvons voir aujourd’hui que la partie émergée de l’iceberg. La culture dominante, instaurée dès la Transition, s’attache à masquer la corruption. Le dernier président en date de la CEOE (2), Gerardo Díaz Ferrán, est en prison, pour faits de vol. Le Partido Popular a été condamné pour financement illégal ; dans un rapport de la Guardia Civil, ce parti est même qualifié d’organisation criminelle. Par ailleurs, si on considère l’ensemble des 3 000 enquêtes en cours pour des faits de corruption, on est forcé de conclure qu’il ne s’agit pas tant de la corruption dans un système que d’un système qui en soi est de la corruption. Et ce, naturellement, jusqu’à la clé de voûte qui consolidait toute l’architecture institutionnelle : le roi, l’intouchable Juan Carlos lui-même. Voilà donc quarante années ininterrompues de réseaux de pouvoir et d’intérêts. Et c’est la raison pour laquelle ce qu’endurèrent les revues basques Ardi Beltza et Kale Gorria est encore une histoire peu connue. Il ne faut pas oublier que ces deux titres furent fermés par ordre du juge Baltasar Garzón, sans le moindre procès. Pepe Rei fut arrêté à quatre reprises, envoyé trois fois en prison, mais jamais condamné par un tribunal. Puis, Garzón interdit sa revue juste un mois après que celle-ci eut publié Un rey golpe a golpe.

Ce livre était signé sous le pseudonyme de Patricia Sverlo. Son auteure, pourtant, comme on l’a su des années plus tard, était la journaliste Rebeca Quintáns. Beaucoup seront sans doute surpris d’apprendre qu’en l’an 2000 on ait été obligé de se cacher sous un pseudonyme pour publier ce genre d’enquêtes…

D. F. : C’est un symptôme de tout un tas de choses. Le livre était une biographie extrêmement rigoureuse, et donc à haut risque pour son auteure. Ce fut, par ailleurs, le résultat d’un travail presque clandestin. Le premier manuscrit ne parvint jamais à la rédaction du journal dirigé par Pepe Rei, il disparut mystérieusement lors de son envoi en recommandé. Et puis, un mois après sa présentation, qui fut un franc succès, au Salon du livre de Durango, le juge Baltasar Garzón et la Policia Nacional se sont pointés à la rédaction d’Ardi Beltza et ont embarqué Pepe Rei, qui restera 140 jours en prison. En ces temps-là, le « Todo es ETA » servait à tout. Pepe Rei raconte la visite, dans sa cellule, de l’inspecteur de police à qui revenait toujours la mission de le coffrer. Il s’y rendit tout seul, tard dans la nuit, pour lui dire, sans la moindre hostilité : « Je viens de finir ton bouquin, il est très bien. Mais enfin, Pepe, t’as pas encore compris dans quel genre de pays nous vivons ? ».

L’une des clés de la richesse occulte de Juan Carlos, ce sont ses relations avec la dynastie saoudienne ainsi que ses affaires dans le pétrole ?

D. F. : Voilà un sujet tabou jusqu’à très récemment, que le livre de Quintáns développait dans le détail : les liens directs de Juan Carlos avec le roi Fahd d’Arabie Saoudite. Ce sont les Saoud qui, dès les dernières années du franquisme, vont financer la monarchie espagnole. À la fin des années 1970, les Bourbons espagnols sont une monarchie pauvre, ils n’ont littéralement pas le sou. Le roi Fahd leur prêtera 10 000 millions de pesetas. Il existe une photo, introuvable sur internet, d’un des voyages du roi Fahd à Malaga, où il possède l’un de ses nombreux resorts. À l’aéroport, il est reçu par le roi Juan Carlos Ier lui-même, qui ira jusqu’à se mettre à genoux pour embrasser les pieds du roi saoudien !

Par ailleurs, dans son livre, Rebeca Quintáns détaillait un autre sujet tabou, celui de la commission indue qui revenait au roi pour chaque baril de brut importé par l’Espagne. Un fait, celui-là, qui a été plus tard confirmé même par de fervents partisans de la monarchie, comme Jaime Peñafiel. C’est vrai, cependant, que Juan Carlos ne s’est pas enfui finalement vers l’Arabie saoudite, même s’il n’est pas loin, juste à côté, aux Émirats arabes unis. Quoi qu’il en soit, nous avons un autre Bourbon en fuite, ce qui n’est pas sans nous rappeler la fuite d’Alphonse XIII et de bien d’autres. Les Bourbons, c’est 300 ans de corruption.

Un rey golpe a golpe révélait également les liaisons dangereuses qu’entretenait Juan Carlos avec les milieux d’affaires.

D. F. : Quand éclatent les premiers scandales liés à la corruption, lors des tumultueuses premières années 1990 – le cas GAL, le financement illégal du PSOE, le cas Filesa, etc. – apparaissent les trois grandes liaisons dangereuses de Juan Carlos : Mario Conde, Javier de la Rosa et, tout particulièrement, Diego Prado y Colón de Carvajal. Ils finiront tous en prison. Mais aucun média ne parlera de leurs liens avec le roi. Alors qu’ils n’étaient pas de simples amis : ils étaient ses conseillers en affaires. Des affaires qui ont valu au roi sa fortune, estimée par The New York Times à plus de 1,8 milliard d’euros. Mon cher Arcadi Oliveres, lors de ses cours à l’Université autonome de Barcelone, nous disait bien : « Celui qui profite le plus de l’internationalisation de l’économie espagnole est toujours le roi ; dès qu’une mission diplomatique se rend en Turquie, ou ailleurs, vendre de l’armement, c’est le roi qui commande. » Et nous, on se disait que notre professeur exagérait… Récemment, Joan Rosell, ex-président du Foment del Treball Nacional (3) et de la CEOE, signait un article, tout en louanges, du roi émérite, sans lequel, d’après Rosell, l’internationalisation de l’économie espagnole n’aurait pas été possible. Voilà, à mon sens, l’une des positions les plus paradoxales et inquiétantes qui montrent bien l’aveuglement du nationalisme espagnol. Il faut tout de même rappeler que les commissions indues du roi, et qui sont actuellement scrutées par la justice suisse, n’étaient certainement pas perçues pour avoir défendu les intérêts espagnols mais ceux des Saoudiens ! Juan Carlos encaisse des millions pour que les entreprises espagnoles revoient leurs offres à la baisse. C’est-à-dire, la Zarzuela siégeant à Riyad, et pas à Madrid. Toute une monarchie espagnole au service des intérêts économiques saoudiens. Je me demande à quoi ils peuvent bien penser, toute cette bande de Vox, lorsqu’ils serrent les rangs autour du roi actuel.

Juan Carlos incarnerait donc une figure gênante pour les royalistes espagnols ?

D.F. : L’abdication du roi, en 2014, n’est due ni à sa prétendue fatigue ni à son âge avancé. Ce sont les rouages profonds de l’État, le Deep State, qui dictent ce choix, car à court de ressources pour étouffer le scandale sur le point d’éclater. L’un des articles qui expliquent le mieux la situation est signé par José Antonio Zarzalejos, « La corona en riesgo », dans El Periódico. Un texte passé d’ailleurs inaperçu car publié dans les premiers jours du confinement. Zarzalejos y expliquait déjà la raison de l’exil. Outre d’être quelqu’un de très intelligent, Zarzalejos est l’un des idéologues majeurs de l’institution royale. Le 15 mars, donc, il conseille l’exil du roi et considère souhaitable, si le besoin s’en présente, que la deuxième salle de la Cour suprême espagnole – celle-là même qui a décidé un total de cent ans de prison pour les prisonniers politiques catalans – efface l’ardoise de Juan Carlos. Par ailleurs, dans ce même article, Zarzalejos entreprend une critique très dure de la conduite du roi, qu’il estime très éloignée de celle que l’on peut raisonnablement attendre d’un chef d’État. C’est tout à fait inédit qu’un royaliste du genre de Zarzalejos s’autorise de tels propos sur Juan Carlos. Que devraient dire les forces républicaines ou celles indépendantistes !

La fuite du roi durera éternellement ? On ne le verra donc jamais devant un juge ?

D.F. : À présent, l’État cherche à éviter, par tous les moyens, l’image d’un Juan Carlos traduit devant la Cour suprême, accusé de blanchiment de capitaux. On verra si c’est le fin mot de l’histoire. Cela dépendra de ce que nous, le peuple, ferons ou ne ferons pas. Car il existe, par ailleurs, une autre vision des choses, celle qui nous rappelle que la fuite préméditée du roi n’est qu’un camouflet de la Zarzuela pour sauver la monarchie. Quand Juan Carlos quitte le pays, le journal El País, qui quarante ans durant a été le vaisseau amiral du juancarlisme (4), reconnaît que la décision du roi de prendre la fuite, à l’instar de son grand-père, le roi Alphonse XIII, est motivée par des sondages confidentiels détenus par la Maison royale et qui dressent l’état du soutien social de la monarchie : un soutien en chute libre, en particulier parmi les moins de 45 ans.

L’opinion de la population sur la royauté nous sera mieux connue une fois publiés les résultats du sondage, financé par du crowdfunding que seize médias indépendants sont en train de mener.

Songez que, depuis l’abdication de Juan Carlos, il y a six ans, les sondages officiels du CIS ne posent pas la moindre question à propos de la monarchie. D’après les derniers sondages dont on dispose en Catalogne, seulement 10 % de la population catalane serait favorable au maintien de la monarchie. Et ces sondages avaient été faits bien avant le fameux discours (5) du roi Felipe, le 3 octobre 2017 ! Voilà pourquoi toutes les alarmes se sont déclenchées à la Zarzuela.

À propos de Felipe VI et de son discours du 3 octobre 2017, la journaliste Rebeca Quintáns nous décrit un Juan Carlos légèrement plus à gauche que son fils. Quel est l’état des relations père-fils ?

D. F. : Les penchants plus traditionalistes et autoritaires de Philippe Felipe de Bourbon sont largement connus et avérés. Laissez-moi vous raconter une petite histoire très révélatrice à ce propos. Un soir, José María Ruizy-Gallardón, royaliste sous le franquisme et, par la suite, député de l’Alliance populaire, dînait en ville avec des personnalités de sensibilités diverses. Il s’y trouvait en compagnie de son fils, Alberto Ruiz-Gallardón, lequel finira par devenir garde des Sceaux sous le gouvernement du Parti populaire de Mariano Rajoy. Pendant le dîner, l’un des convives, s’adressant au père, l’interpella : « José María, tu es un facho ». Et le père de le corriger : « Tu as tout faux ; le facho, c’est mon fils ». Cette anecdote pourrait parfaitement illustrer, il me semble, le positionnement du roi actuel. Avec son discours du 3 octobre 2017, Felipe embrasse la droite la plus dure, cautionnant aussi bien les positions de Ciudadanos et du Parti populaire que celles de Vox. La communauté internationale, ce soir-là, attendait la parole royale, la sachant à même d’apaiser le conflit ou, comme ce fut le cas, de le faire monter en puissance. Grâce au discours royal, le « A por ellos! » (6) devient doctrine d’État.  Felipe de Bourbon est très à droite, bien plus que la société espagnole, déjà en proie à une droitisation palpable.

La fuite du roi émérite pourrait contribuer à l’avènement de la République en Espagne ?

D. F. : L’Espagne présente une extrême polarisation concernant la royauté. Les régions périphériques sont républicaines, tandis que le centre serre les rangs autour de la monarchie. Une situation qui n’est pas sans fonder des réalités parallèles. La Catalogne et le Pays basque affichent un soutien à la monarchie extrêmement faible. Les dernières élections basques ont vu se constituer le Parlement basque le plus indépendantiste de toute son histoire : 55 députés sur 75 ! Il en va de même pour la Catalogne. Ces deux régions ont atteint un point de non-retour. Il est tout à fait impossible que la monarchie espagnole y gagne des soutiens. Par ailleurs, l’opposition à la monarchie y est largement partagée, bien au-delà des seules forces indépendantistes. En cas d’un éventuel référendum sur le maintien de la monarchie, celle-ci n’aurait pas la moindre chance de l’emporter, ni en Catalogne ni au Pays basque. Ce qui n’est pas sans inquiéter l’État : remettre en question la monarchie, cela équivaut à remettre en question l’unité de l’État, la monarchie étant le maillon, de nos jours le plus faible, de la chaîne d’où dépend absolument tout.

Les forces républicaines seraient-elle capables d’imposer un changement de régime ?

D. F. : La désaffection que suscite la monarchie est bien plus grande qu’on ne le dit. On comprendrait mal sinon que, quinze jours après la fuite du roi Juan Carlos, 75               ex-ministres et tous les anciens premiers ministres espagnols se soient sentis obligés de produire, en soutien à Juan Carlos, un manifeste ne contenant pas la moindre allusion à tous les scandales de corruption royale qui font surface de nos jours. Je n’ai pas le souvenir qu’ici, en Catalogne, en apprenant l’existence du compte bancaire en Andorre de Jordi Pujol, des ex-ministres et d’anciens présidents catalans se soient mobilisés pour sa défense et aient fait corps avec l’ex-président de la Generalitat.

Pour répondre à la question posée, je dois dire que, à la différence de l’époque de la Transition, l’avènement de la République me semble, de nos jours, très compromis. Je constate pourtant un affaiblissement de l’institution royale ; une usure que le système a vraiment du mal à rattraper.

Quel est le rôle de la gauche espagnole dans cet affaiblissement de la royauté ?

D. F. : En ce moment, la gauche espagnole de Podemos fait partie de ce même gouvernement qui protège, avec ses forces de police et avec nos deniers, le roi en fuite. Les mêmes égouts, les mêmes barbouzes que l’État a lancés contre l’indépendantisme catalan, servent aussi aujourd’hui à sauver le soldat Juan Carlos. Et le gouvernement espagnol en est complice : il a orchestré cette fuite. Lors du 15-M on pouvait lire, tagué sur les murs : « Où est la gauche ? Au fond à droite ». Il me semble que Podemos manque de courage, ils n’osent pas. Et ceux qui proclamaient naguère vouloir en finir avec le régime de 1978, sont aujourd’hui des soutiens de ce même régime.

Quelle part devrait prendre l’indépendantisme dans les actuels débats sur la République en Espagne ?

D. F. : Je suis d’accord avec Jordi Muñoz lorsqu’il affirme que ce n’est pas parce que l’État sait avoir perdu toute légitimité politique en Catalogne qu’une alternative devient automatiquement possible. L’indépendantisme est parvenu à décrédibiliser le pouvoir politique espagnol en Catalogne. C’est un grand pas – et c’est bien pour cela que la riposte de l’État a été tellement féroce –, mais cela ne suffit pas. Il y a encore beaucoup à faire.

Concernant la part de l’indépendantisme catalan dans le débat actuel sur une éventuelle République espagnole, c’est tout de même significatif que, dans toute l’Espagne, la seule accusation populaire (7) proposée contre la corruption royale soit le fait de l’association indépendantiste catalane Òmnium Cultural. On verra bien si le président de la Cour suprême, le juge Marchena, acceptera cette proposition d’accusation populaire. C’est loin d’être gagné. Certainement, Marchena a été moins regardant avec Vox, dont il admit sans problèmes l’accusation populaire contre les prisonniers politiques catalans… Pour revenir à ta question, la Troisième République espagnole me semble encore loin, mais, pour l’indépendantisme catalan, mettre à nu la monarchie du « A por ellos! » est un enjeu aussi stratégique que tactique.

Beaucoup de choses ont changé ces vingt dernières années, depuis Ardi Beltza et Kale Gorria. À quels changements peut-on s’attendre ces prochaines années ?

D. F. : Que ces changements soient positifs ou négatifs, tout dépendra exclusivement de nous car, lorsque les murs s’effondrent, on ne sait jamais de quel côté ils vont tomber. N’oublions pas les contextes européens et mondiaux dans lesquels nous vivons, avec la montée de l’extrême droite. Le grand enjeu qui parcourt aujourd’hui la planète est celui d’un monde avec plus ou moins de démocratie.

Cela dit, l’origine de tout ce qui se passe actuellement en Catalogne ne date pas des dernières cinq années. Cela vient de plus loin, des luttes livrées par des milliers d’anonymes au service d’une culture démocratique bien enracinée et pour le bien commun. Si on nous avait prédit, il y a dix ans, une journée comme celle du 1er octobre 2017, on aurait eu vraiment du mal à y croire. L’État espagnol a dû vraiment se démener à fond pour faire en sorte qu’une société comme la catalane, pacifiste et plutôt portée vers l’accord et le consensus, devienne la société la plus rebelle et insoumise de l’Europe actuelle ! Enfin, si nous tournons le regard vers ce que nous avons déjà vécu, nous constatons aussi bien des réussites que des erreurs. Aujourd’hui, on peut avoir le sentiment d’être coincés dans une impasse, de ne pouvoir faire autre chose que de résister à l’état d’exception perpétuel dans lequel l’État a plongé la Catalogne. Mais je dois vous dire qu’en face, d’après ce que j’en sais, ils ne savent pas non plus que faire, comment résoudre cette crise. Ils ont tout essayé : la répression, la mise sous tutelle de la Catalogne… Et lors des dernières élections catalanes de décembre 2017, convoquées depuis Madrid par le Parti populaire, avec des taux de participation inouïs, l’indépendantisme non seulement confirme la majorité sortante, mais il obtient 100 000 voix de plus. Il faut savoir regarder en arrière et se projeter vers l’avant.

Entretien paru sur le site catalan El Critic, le 22 septembre 2020

Traduit du catalan par Xavier Espinet et Mariana Sanchez

[ https://www.elcritic.cat/entrevistes/david-fernandez-la-tercera-republica-la-veig-llunyana-pero-cal-deslegitimar-la-monarquia-66183 ]

Notes :

(1) « Todo es ETA » (« Tout, c’est de l’ETA ») fut la position adoptée par les appareils répressifs de l’État espagnol afin de combattre toute dissidence politique, au Pays basque ou ailleurs, sous prétexte de lutte antiterroriste.

2) Le Medef espagnol.

3) Le Medef catalan.

4) Courant d’opinion, largement relayé par les partis politiques majoritaires et les médias, favorable à la figure du roi Juan Carlos.

5) Allocution du roi Felipe deux jours après le référendum d’autodétermination de la Catalogne. Par ce discours, au contenu extrêmement belliqueux à l’égard des institutions et du peuple catalans, le monarque en vint à cautionner les violences policières contre les électeurs ainsi que la vague répressive qui s’en est suivie.

6) Le « A por ellos! » (« On les aura ! ») fut le cri de ralliement scandé par les forces de police chargées d’empêcher le référendum d’autodétermination de Catalogne. Ce cri fut repris par les secteurs les plus réactionnaires de la société espagnole ainsi que par la droite politique.

7) L’accusation populaire est une figure du droit procédural espagnol qui permet à tout citoyen ou personne morale espagnol d’engager une procédure pénale de mise en accusation, sans qu’il soit directement concerné par l’affaire jugée.

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